Révolutionnons l'Amour : transformer ses relations

La place de l'amour en psychothérapie : passer du mythe de l'amour romantique à l'utopie amoureuse

4/1/20263 min read

red and white heart balloons
red and white heart balloons

Révolutionnons l'amour : et si on arrêtait de souffrir pour de bon ?

On nous l'a dit tellement de fois qu'on a fini par y croire : l'amour, c'est forcément compliqué. Ça fait mal, ça consume, ça exige de se sacrifier. Et si c'est pas douloureux, c'est que c'est pas vraiment de l'amour.

Coral Herrera Gómez, chercheuse féministe espagnole, a passé des années à décortiquer ce récit. Sa conclusion est claire : les mythes romantiques qui associent amour et souffrance ne sont pas une fatalité. C'est une construction culturelle, politique, historique.

Un mythe qui nous a bien été vendu

Depuis notre plus jeune âge, les histoires de le prince charmant, de moitié manquante, d'âme sœur qui viendra tout réparer, nous sont abreuvées de toutes parts. ces images ne sont pas innocentes. La religion, l'industrie du divertissement, les choix politiques : tout a concouru à imposer un seul modèle d'amour comme universel et inévitable (& si on pousse la réflexion : l'hétérosexualité comme système politique hégémonique).

Et ce modèle a un effet collatéral souvent invisible : il nous met en concurrence et nous hiérarchise selon nos groupes d'appartenance. En tant que femmes en particulier, puisqu'on a été éduquées à se percevoir comme des rivales dans la conquête d'un homme, d'une validation, d'une place légitime dans le monde. Le mythe romantique isole et ça tombe bien pour le patriarcat et le capitalisme, car il n'y a rien de plus dangereux que des femmes unies, joyeuses et émancipées.

Reconnecter à la sororité, c'est donc aussi un acte politique. Choisir de voir les autres femmes et plus largement toustes celleux qui vivent sous les mêmes injonctions non pas comme des menaces, mais comme des allié·es. Des personnes avec qui partager les questions, les doutes, les tâtonnements, les vécus et les ressentis. C'est d'ailleurs dans cet esprit que Herrera Gómez a fondé le Laboratoire de l'amour : un espace collectif pour réinventer ensemble ce que aimer peut vouloir dire.

Déconstruire, oui. Mais pour aller où ?

Ce que j'apprécie dans ce travail, c'est qu'il ne s'arrête pas à la critique. Il ouvre des possibles : des relations sans hiérarchie, sans violence, où l'amitié profonde et le soin aux autres ont autant de valeur que le grand amour romantique.

Mais soyons honnêtes : personne n'a de réponse toute faite. Pas elle, pas moi. Déconstruire ses schémas amoureux, c'est un chemin long, souvent inconfortable, parfois douloureux. Dans mon travail d'accompagnement en psychothérapie et personnel, je le vois chaque jour : on peut intellectuellement comprendre un mécanisme et continuer à en souffrir. La tête va vite, le reste suit à son propre rythme.

La vie comme laboratoire

Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est commencer à observer. Remarquer ce qu'on tolère par peur de la solitude. Distinguer l'amour de la dépendance. Se demander ce qu'on veut vraiment et pas ce qu'on nous a appris à vouloir.

C'est là que la thérapie peut être utile : non pas pour trouver des réponses faciles et définitives, mais pour avoir un espace où poser les questions sans jugement, dénouer des nœuds anciens, et avancer à son propre rythme.

L'amour comme utopie, ce n'est pas l'amour sans friction ou sans doute. C'est simplement refuser qu'il soit une cage. L'aventure n'est pas simple mais elle mérite largement le détour selon moi.

Cet article s'inspire du livre Révolution amoureuse de Coral Herrera Gómez, publié aux éditions Binge Audio (2021).